Moulin de Couargis

Moulin de Couargis

Moulin de Couargis, moulin de Moulins du Petit Morin (Petit Morin)
Un(e) Verdelotais pour 4,04 hectares.
Couargis 77510 Verdelot
Altitude : 99 mètres
2562 hectares pour 634 habitants
Altitude : Mini : 91 m | Maxi : 216 m | Dénivelé : 125 m

Le moulin de Couargis, à Verdelot, est particulièrement intéressant parce qu’il constitue à la fois un ancien moulin du Petit Morin et le berceau de l’entreprise familiale des Moulins Bourgeois, toujours active aujourd’hui à Verdelot.

Le moulin de Couargis : un ancien moulin du Petit Morin

Le moulin se trouve au hameau de Couargis, sur la commune de Verdelot, dans la partie amont du Petit Morin. Il est installé directement sur la rivière, avec un système de bief et de vannage permettant d’utiliser la force de l’eau.

Son histoire est en réalité plus ancienne que 1895, même si les sources actuellement accessibles permettent surtout de documenter précisément son histoire à partir de cette date. Une source historique locale indique notamment qu’une rente de trois setiers de blé sur le moulin de Couargis était liée aux possessions du prieuré de Verdelot dépendant de l’abbaye de Chézy. Cela montre que le moulin existait déjà à une époque antérieure à l’installation des Bourgeois.

Il faut donc distinguer :

  • l’histoire ancienne du moulin de Couargis, qui remonte probablement à plusieurs siècles ;
  • l’histoire industrielle moderne, beaucoup mieux documentée à partir de 1895.

1895 : les Bourgeois arrivent à Couargis

L’année 1895 constitue le véritable tournant dans l’histoire du moulin.

Cette année-là, Léon Bourgeois et ses frères reprennent l’exploitation du moulin de Couargis. Les documents administratifs indiquent qu’ils commencent d’abord par le prendre en gérance, avant de l’acquérir définitivement en 1903.

C’est à partir de cette installation que commence l’histoire des Moulins Bourgeois.

Le moulin est alors un véritable moulin à eau traditionnel, travaillant notamment avec des meules en pierre de La Ferté-sous-Jouarre, dont la région était alors l’un des grands centres mondiaux de fabrication. Une source consacrée aux moulins de Seine-et-Marne indique que Couargis utilisait encore ces meules lorsqu’il fut acquis par les Bourgeois.

À cette époque, le Petit Morin compte encore de nombreux moulins. Une estimation donnée pour 1900 évoque environ 40 moulins à eau le long du Petit Morin.

Couargis appartient donc à un véritable chapelet d’établissements hydrauliques qui ponctuent la rivière.

La modernisation au début du XXᵉ siècle

L’installation des Bourgeois correspond à une période de transformation profonde de la meunerie.

Le moulin traditionnel à meules laisse progressivement la place à la minoterie moderne, équipée de cylindres et de systèmes mécaniques de nettoyage, broyage et tamisage.

La Société Bourgeois Frères abandonne ainsi les anciennes meules en 1905. À cette époque, le moulin produit environ 8 tonnes de farine par jour.

Le bâtiment conserve cependant la puissance hydraulique du Petit Morin.

L’installation qui nous est parvenue est particulièrement intéressante car elle conserve des éléments de la minoterie du début du XXᵉ siècle, notamment du matériel Bühler. La Fédération des Moulins de France décrit Couargis comme une petite minoterie typique du début du XXᵉ siècle, dont l’installation est restée largement dans son état d’origine.

1913 : le développement vers Verdelot

Une nouvelle étape intervient en 1913.

Les Bourgeois rachètent alors le moulin de Verdelot, situé à environ deux kilomètres de Couargis, qui était alors en difficulté financière. Cette acquisition va progressivement modifier l’organisation de l’entreprise.

Le moulin de Couargis est le point de départ historique, mais le moulin de Verdelot devient progressivement le principal outil de production.

C’est cette évolution qui explique une particularité intéressante du patrimoine local : l’entreprise actuelle des Moulins Bourgeois n’est pas installée à l’endroit où elle a commencé.

Son origine est bien à Couargis.

Un moulin qui cesse de produire de la farine

Le moulin de Couargis cesse progressivement son activité de meunerie au cours de la première moitié du XXᵉ siècle.

Les sources ne donnent pas toutes exactement la même date :

  • certaines indiquent 1935 pour l’arrêt de la fabrication de farine ;
  • d’autres indiquent un arrêt peu avant la Seconde Guerre mondiale ;
  • une source consacrée à l’histoire de l’entreprise évoque également le transfert progressif de l’activité vers le moulin de Verdelot.

Cette légère différence est importante à signaler plutôt que de donner une date unique comme certaine.

La meunerie quitte donc progressivement Couargis pour se concentrer sur l’établissement de Verdelot, beaucoup mieux adapté au développement industriel.

Le moulin continue pourtant à fonctionner

L’histoire du moulin ne s’arrête pas avec la fin de la meunerie.

Après l’arrêt de la fabrication de farine, la force hydraulique du Petit Morin continue à être exploitée pour produire de l’électricité.

Le moulin aurait ainsi continué à fonctionner jusqu’en 1974 pour la production électrique.

C’est une étape particulièrement intéressante car elle illustre l’évolution du moulin :

moulin à farine → minoterie industrielle → centrale hydroélectrique.

La rivière conserve donc une fonction énergétique même après la disparition de l’activité meunière.

La grande roue Sagebien

L’un des éléments les plus remarquables du moulin actuel est sa roue hydraulique de type Sagebien.

Cette roue, de grande dimension, a été restaurée dans les années 2000. Les documents de la Fédération des Moulins de France indiquent que sa restauration était en cours en 2007 et que la roue avait alors été remise en état.

Les travaux sont achevés en 2009 et la roue centenaire est remise en eau. Les Moulins Bourgeois présentent aujourd’hui cette restauration comme un élément majeur de leur démarche de conservation du patrimoine.

La roue n’est donc pas simplement un élément décoratif : elle rappelle la raison première de l’installation du moulin à cet endroit, l’exploitation de l’énergie du Petit Morin.

La restauration de Guy Agache

Après plusieurs décennies d’abandon, le moulin était dans un état préoccupant.

À partir du début des années 2000, Guy Agache entreprend de le restaurer avec l’accord de la famille Bourgeois.

En 2013, Le Parisien relatait son travail : il consacrait alors depuis environ douze ans son temps à la restauration du moulin, qui avait été largement abandonné après l’arrêt de son activité.

Cette restauration a permis de sauver non seulement le bâtiment mais également une partie importante de son outillage industriel.

C’est ce qui donne aujourd’hui au moulin une valeur patrimoniale exceptionnelle : il permet de comprendre concrètement comment fonctionnait une petite minoterie du début du XXᵉ siècle.

Un véritable musée de la meunerie

Le moulin restauré conserve des équipements anciens :

  • appareils de mouture ;
  • systèmes de tamisage ;
  • bluteries ;
  • plansichter ;
  • mécanismes de transmission ;
  • roue hydraulique ;
  • ouvrages liés au bief.

La Fédération des Moulins de France signale notamment la présence d’un plansichter ancien, ainsi que d’un filtre de construction américaine particulièrement rare.

Le site comprend également un ancien pressoir à pommes, restauré et installé dans la prairie face au moulin, avec une spectaculaire cage à écureuil servant autrefois à actionner le mécanisme de pressage.

Le patrimoine conservé dépasse donc largement le seul moulin à farine.

2009 : le retour de l’eau dans la roue

L’année 2009 est symbolique.

Après les travaux de restauration, la roue centenaire est remise en eau. Les Moulins Bourgeois considèrent cette restauration comme un symbole de leur attachement à leurs origines.

Le moulin retrouve ainsi, au moins visuellement, son lien originel avec le Petit Morin.

Il ne s’agit plus d’une usine produisant des tonnes de farine, mais d’un témoignage vivant de l’ancienne meunerie hydraulique.

Le moulin dans le réseau hydraulique du Petit Morin

Le moulin de Couargis est également intéressant du point de vue de l’histoire de la rivière.

Les études Natura 2000 indiquent l’existence d’un bras de décharge du moulin de Couargis, correspondant au lit naturel de la rivière. Le système hydraulique du moulin modifie donc localement la circulation de l’eau entre le bief et ce bras.

Un inventaire réalisé dans le cadre de Natura 2000 indiquait par ailleurs qu’en 2007 le vannage était fermé et que cela avait des conséquences sur les écoulements et la circulation piscicole.

Cela montre que le moulin est encore aujourd’hui un élément important de la physionomie hydraulique du Petit Morin.

Couargis, berceau des Moulins Bourgeois

C’est probablement l’aspect le plus important à retenir.

L’entreprise actuelle des Moulins Bourgeois est directement issue du moulin de Couargis.

La chronologie familiale peut être résumée ainsi :

1895 → Léon Bourgeois et ses frères prennent en charge le moulin de Couargis.
1903 → acquisition du moulin.
1905 → abandon des anciennes meules au profit d’une installation plus moderne.
1913 → acquisition du moulin de Verdelot.
Années 1930 → fin progressive de la production de farine à Couargis.
Jusqu’en 1974 → maintien d’une activité de production électrique.
Début des années 2000 → début de la restauration patrimoniale.
2009 → restauration achevée et remise en eau de la roue.
Aujourd’hui → le moulin historique est conservé par la famille Bourgeois tandis que la production moderne se poursuit à Verdelot.

Le moulin de Couargis dans l’histoire du Petit Morin

Il est intéressant de le replacer dans l’histoire générale de la vallée :

Moyen Âge → moulin servant à la mouture du grain et appartenant à l’économie seigneuriale.

XVIIIᵉ-XIXᵉ siècles → multiplication des moulins sur le Petit Morin.

1895 → arrivée des Bourgeois à Couargis.

1900-1910 → passage de la meule traditionnelle à la minoterie moderne.

1913 → développement du site de Verdelot.

1930-1940 → transfert de la production hors de Couargis.

1940-1974 → maintien de l’utilisation énergétique du moulin.

1974-2000 → abandon progressif et dégradation.

2000-2009 → restauration patrimoniale.

Depuis 2009 → conservation du moulin, remise en mouvement de la roue et transmission de la mémoire de la meunerie.

Un patrimoine exceptionnel

À mes yeux, Couargis est l’un des moulins les plus intéressants du Petit Morin, car il permet de raconter en un seul lieu près de deux siècles de transformation de la meunerie : moulin à eau traditionnel, minoterie moderne, production électrique puis patrimoine industriel restauré.

Et surtout, il constitue le berceau de l’une des dernières grandes familles de meuniers de la vallée, les Bourgeois, dont l’entreprise fonctionne toujours à Verdelot.

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