
Tacot du petit Morin
Le « Tacot » du Petit Morin
Mis en service en 1889, le « Tacot du Petit Morin » était une ligne à voie métrique de 45 kilomètres, exploitée par la Compagnie des chemins de fer départementaux (CFD). Elle reliait La Ferté-sous-Jouarre à Montmirail, en traversant successivement la Seine-et-Marne, l’Aisne et la Marne. Pendant près de soixante ans, jusqu’à sa fermeture définitive en 1947, elle constitua l’une des principales artères économiques et sociales de la vallée du Petit Morin.
Son rôle économique dépassait largement le transport des voyageurs. Le train permettait aux productions des villages de rejoindre les marchés et les grands axes commerciaux. À La Ferté-sous-Jouarre, il participait notamment à l’acheminement des pierres meulières provenant des carrières, qui étaient ensuite dirigées vers la Marne et transportées par bateau. La vallée possédait également une importante activité agricole et artisanale : vin, produits laitiers, céréales, bois, vannerie et autres productions locales trouvaient dans le chemin de fer un moyen d’expédition plus régulier. À Bellot, le réseau accompagnait notamment l’activité des vanniers, tandis que les productions agricoles et les petites industries des villages bénéficiaient de la desserte ferroviaire.
Le Tacot facilitait aussi considérablement la vie quotidienne. Il permettait aux habitants des villages de rejoindre La Ferté-sous-Jouarre, où ils pouvaient retrouver la grande ligne de l’Est et poursuivre vers Paris ou Strasbourg. Dans l’autre direction, Montmirail offrait des correspondances avec les réseaux CBR et de l’Est. Sablonnières constituait également un point de correspondance avec le réseau départemental de Seine-et-Marne, tandis que Verdelot permettait de rejoindre le réseau métrique des Chemins de fer du Sud de l’Aisne.
Le train était cependant réputé pour sa lenteur. Jusqu’en juillet 1914, trois services permettaient de rejoindre, depuis La Ferté-sous-Jouarre, La Celle-sous-Montmirail en environ 1 h 45 et Montmirail en 2h10. Son surnom de « Tacot », mais aussi celui de « Gueulard », évoquait autant le bruit de la locomotive que son allure tranquille, mais aussi les sifflements de la machine entre deux gares, à travers la vallée, pour prévenir de son arrivée imminente. À La Celle, le train ne s’arrêtait qu’une minute : il fallait donc se tenir prêt pour remettre le courrier destiné au tri à La Ferté-sous-Jouarre. Un train du lundi matin partait très tôt pour permettre aux habitants de rejoindre le marché de Montmirail.
Le Tacot connut également les bouleversements de la guerre. En 1914, il participa au transport des troupes pendant la bataille de la Marne. Le pont ferroviaire sur la Marne fut détruit durant la Première Guerre mondiale, entraînant une interruption du trafic entre La Ferté-sous-Jouarre et Condetz jusqu’en 1922. Pendant l’entre-deux-guerres, la concurrence routière commença toutefois à fragiliser la ligne. Le service voyageurs fut en partie transféré sur route à partir de 1938, avant que le rail ne reprenne temporairement une partie du trafic.
Après la Seconde Guerre mondiale, le vieillissement des installations, la concurrence des autobus et des camions et la diminution du trafic condamnèrent définitivement la ligne. Le 24 juillet 1947, le Tacot cessa toute activité. Aujourd’hui, une partie de son ancienne plateforme est encore visible, notamment dans la vallée du Petit Morin, où elle constitue un remarquable fil conducteur du patrimoine local.
Gares et arrêts de la ligne
La Ferté-sous-Jouarre → Condetz → Mourette → Courcelles → Le Gouffre → Saint-Cyr-sur-Morin → Saint-Ouen-sur-Morin → Orly-sur-Morin → Boitron-La Trétoire → Sablonnières → Bellot → Villeneuve-sur-Bellot → Verdelot-Viels-Maisons → Montdauphin → La Celle-sous-Montmirail → Montmirail.











